En Belgique, la présidente de la Commission des Jeux de Hasard (CJH), Magali Clavie, a adressé un avertissement inhabituellement ferme : la régulation belge « se fragilise » face à l’explosion du jeu en ligne, la prolifération des sites illégaux et un manque chronique de moyens. Dans le cadre d’une interview, l’intéressée a décrit un régulateur débordé par des acteurs hors licence de plus en plus agiles et par des technologies de contournement qui complexifient les contrôles… Elle place toutefois un espoir dans la réorganisation institutionnelle à venir : la CJH doit en effet passer sous l’autorité du SPF Économie dès le début de l’année prochaine, un mouvement qu’elle juge décisif pour redonner de la cohérence à l’action publique.
« Un système qui se fissure »… avant un transfert attendu vers le SPF Économie
Le transfert de la CJH vers SPF Économie n’est pas qu’une simple intention : le Conseil des Ministres a en effet validé le 17 octobre 2025 un avant-projet de loi modifiant la loi du 7 mai 1999 afin de confier la CJH et la compétence « jeux de hasard » au SPF Économie (et non plus au SPF Justice). Le texte a été transmis pour avis au Conseil d’État. En d’autres mots, la bascule est engagée sur le plan gouvernemental, même si son entrée en vigueur dépend toujours du parcours parlementaire. L’objectif affiché : mieux intégrer les enjeux économiques et de protection des consommateurs au cœur d’un marché désormais très numérisé.
Sur le terrain, le diagnostic de Magali Clavie rejoint d’autres alertes récentes : effectifs limités au contrôle, difficultés de recrutement et évolution plus rapide de l’offre illégale que des capacités de riposte… Des analyses publiées début novembre soulignent qu’un plancher de 10 agents de contrôle serait un mieux à court terme, mais insuffisant au regard de la charge réelle. Dans le même temps, la CJH continue de mettre à jour sa liste noire et d’alimenter les procédures de blocage, ce qui confirme l’intensité de la pression exercée par les opérateurs non autorisés.
Manque d’effectifs, sites illégaux et joueurs vulnérables : les priorités
Le changement de tutelle doit, selon ses promoteurs, faciliter plusieurs avancées : clarification des compétences, certification plus fluide des offres légales, coordination accrue avec les services économiques et de consommation, et canalisation plus efficace des joueurs vers l’écosystème agréé. Pour mémoire, la CJH (présidée par une magistrate depuis 2020 en la personne de Magali Clavie) rappelle que la protection des publics vulnérables et la lutte contre l’addiction restent au cœur de sa mission. Le transfert vers l’Économie est présenté comme un moyen d’aligner régulation, sanction et politiques de prévention sur un même axe stratégique.
L’enjeu politique semble désormais clair : il est véritablement question de transformer ce qui n’était alors qu’un avertissement en plan opérationnel. Mais cela suppose des moyens humains et techniques à la hauteur, la poursuite efficiente des blocages de sites illicites, mais aussi une pédagogie renforcée auprès du public pour distinguer l’offre agréée des clones.
Dernière édition: 26/11/2025




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