Mise à jour du 23 septembre 2026 : lors du conseil communal du 21 septembre, la Ville de Bruxelles a retiré la décision du 17 juillet qui attribuait la concession à ECK. Aucune solution de remplacement n'a été arrêtée. L'échéance du 31 décembre n'a pas bougé.
Le Viage ferme ses portes le 31 décembre alors que la Ville de Bruxelles n'a toujours pas désigné de repreneur, laissant 286 personnes dans l'ignorance de leur sort en janvier. Le problème dépasse le calendrier serré, puisque la loi belge interdit d'exploiter un casino sans convention avec la commune. Sans signature d'ici la fin de l'année, la capitale perd le plus gros établissement du pays.
Comment on en est arrivé là
La Ville a lancé une procédure pour attribuer sa concession de casino, quinze ans d'exploitation estimés à 750 millions d'euros hors TVA. Six offres ont été déposées, dont celle de Golden Palace qui promettait un projet à 30 millions d'euros, écartée en cours d'analyse pour des irrégularités jugées substantielles. Le 17 juillet, le collège des bourgmestre et échevins a retenu la SA E.C.K., la société derrière Napoleon, devant Casinos Austria International qui est la maison mère du Viage.
L'écart était mince, environ 3,5 points au total, mais près de 10 points sur le critère « vision » qui mesure l'apport à l'attractivité bruxelloise. Sur le plan financier, la différence entre les deux offres se limitait à environ 75 000 euros par an, sur un montant tournant autour de 10 millions. Casinos Austria International a introduit un recours en extrême urgence au Conseil d'État, qui lui a donné raison le 31 août.
L'arrêt n° 267.514 retient trois reproches contre la Ville. D'abord, « la motivation de l'évaluation des offres ne permet pas de vérifier suffisamment la prise en considération de l'ensemble des éléments annoncés dans le cahier des charges », certains éléments pris en compte semblant même étrangers à l'objet de la concession. Ensuite, « il existe une inexactitude apparente dans l'appréciation de certains partenariats invoqués à l'appui de l'offre retenue ». Enfin, la procédure a ignoré un règlement européen qui oblige à déclarer les soutiens financiers venus de hors Union européenne, une vérification prévue pour s'assurer qu'un candidat ne l'emporte pas grâce à de l'argent public étranger.
Attention quand même, il s'agit d'une suspension et pas d'une annulation. Le Conseil d'État n'a rien jugé sur le fond, il a gelé la décision le temps que le dossier soit revu.
Un dernier élément occupe la presse belge : Philippe Close, qui présidait le collège du 17 juillet, siège à titre gratuit comme administrateur indépendant au RSC Anderlecht, dont Napoleon Games est un sponsor important. Le bourgmestre a répondu le 8 septembre qu'« il n'existait dans [son] chef aucun conflit d'intérêt au sens de la loi », tout en annonçant qu'il consulterait les juristes de la Ville sur sa participation aux prochaines décisions du dossier. Le Conseil d'État n'a pas examiné cette question dans une procédure d'urgence, elle ne figure pas parmi les motifs de suspension.
Pourquoi le 31 décembre est un vrai mur
En Belgique, un casino ne s'ouvre pas là où l'envie prend. L'article 29 de la loi du 7 mai 1999 plafonne le pays à neuf établissements de classe I. Huit reviennent à des communes nommément listées, de Blankenberge à Spa, le neuvième étant réservé à « une des 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale ». Vous pouvez retrouver les casinos agréés en Belgique dans notre liste.
Cette licence de classe A vaut quinze ans renouvelables, mais elle ne se délivre pas dans le vide : son titulaire doit présenter « une convention de concession conclue avec les autorités communales ». La convention commande la licence, donc une concession qui expire sans successeur laisse l'établissement sans base légale au 1er janvier.
Le Viage n'a rien d'un petit casino de province, avec ses 339 machines à sous et ses 39 tables de jeu sous la licence A/20000, pour environ 10 millions d'euros par an reversés à la Ville.
La Ville propose six mois, le Viage dit non
Le 15 septembre, environ 80 travailleurs ont manifesté devant Brucity avec des pancartes « l'emploi n'est pas un jeu de hasard ». Une délégation syndicale a été reçue par le bourgmestre Philippe Close et par l'échevine du Tourisme Nawal Ben Hamou.
La Ville a mis sur la table une prolongation de six mois de la concession actuelle. Les syndicats la jugent insuffisante puisque six mois ne couvrent pas une procédure qu'il faudrait reprendre depuis le début. Le Viage refuse pour sa part de poursuivre au-delà du 31 décembre sur la seule base d'une prolongation de la concession existante, position qu'il a écrite à la Ville comme au gouvernement bruxellois. Il demande plutôt une nouvelle évaluation des offres.
Xavier Muls, secrétaire chez Synova, résume les deux voies possibles : reprendre la procédure avec une réévaluation des offres, ou tout recommencer, ce qui représente au minimum un an de délais.
La Ville a retiré son attribution, sans rien mettre à la place
Le 21 septembre, devant le conseil communal, la Ville a retiré sa décision du 17 juillet. Attention à ce que ça veut dire : Napoleon n'est pas écarté pour autant, le Viage ne récupère rien automatiquement, la procédure repart simplement à l'analyse.
Une chose est désormais acquise, la Ville ne peut pas reprendre immédiatement une nouvelle décision d'attribution. L'échevine Nawal Ben Hamou l'a confirmé : le grief européen impose de réclamer des documents complémentaires aux soumissionnaires et de les faire examiner selon le mécanisme prévu, ce qui ajoute des délais incompressibles.
La Ville s'est quand même laissé une porte ouverte. Le 14 septembre, elle a écrit aux candidats pour leur demander de confirmer sous dix jours ouvrables que leurs offres restent valables jusqu'au 3 février 2027 inclus, ce qui lui permettrait de reprendre la procédure en cours plutôt que de tout relancer.
Trois scénarios tiennent encore. Poursuivre la procédure actuelle en corrigeant ce que le Conseil d'État a critiqué. Tout relancer, en repoussant d'autant la désignation du prochain exploitant. Ou trouver un accord temporaire avec le Viage pour que le casino continue de tourner après le 31 décembre, ce qui suppose cette fois que l'exploitant dise oui.
Si vous jouez au Viage, rien ne change d'ici la fin de l'année, l'établissement tourne normalement jusqu'au 31 décembre. Pour la suite, personne n'a encore dit ce que deviennent les comptes joueurs ni les cartes de fidélité en cas de changement d'exploitant. Une nouvelle réunion entre la Ville et les représentants du personnel est prévue une quinzaine de jours après le conseil communal du 21 septembre.
Dernière édition: 21/09/2026





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