Bruxelles peut se retrouver sans casino au 1er janvier

Le Viage ferme ses portes le 31 décembre alors que la Ville de Bruxelles n'a toujours pas désigné de repreneur, laissant 286 personnes dans l'ignorance de leur sort en janvier. Le problème dépasse le calendrier serré, puisque la loi belge interdit d'exploiter un casino sans convention avec la commune. Sans signature d'ici la fin de l'année, la capitale perd le plus gros établissement du pays.

Comment on en est arrivé là

La Ville a lancé une procédure pour attribuer sa concession de casino, quinze ans d'exploitation valorisés près de 750 millions d'euros. Plusieurs opérateurs se sont déclarés, dont Golden Palace en juin, avec un projet à 30 millions d'euros. Le 17 juillet, le collège des bourgmestre et échevins a retenu la SA E.C.K., la société derrière Napoleon, devant Casinos Austria International qui est la maison mère du Viage.

L'écart était mince, environ 3,5 points au total, mais près de 10 points sur le critère « vision » qui mesure l'apport à l'attractivité bruxelloise. Casinos Austria International a introduit un recours en extrême urgence au Conseil d'État, qui lui a donné raison le 31 août.

L'arrêt n° 267.514 retient trois reproches contre la Ville. D'abord, « la motivation de l'évaluation des offres ne permet pas de vérifier suffisamment la prise en considération de l'ensemble des éléments annoncés dans le cahier des charges », certains éléments pris en compte semblant même étrangers à l'objet de la concession. Ensuite, « il existe une inexactitude apparente dans l'appréciation de certains partenariats invoqués à l'appui de l'offre retenue ». Enfin, la procédure a ignoré un règlement européen qui oblige à déclarer les soutiens financiers venus de hors Union européenne, une vérification prévue pour s'assurer qu'un candidat ne l'emporte pas grâce à de l'argent public étranger.

Attention quand même, il s'agit d'une suspension et pas d'une annulation. Le Conseil d'État n'a rien jugé sur le fond, il a gelé la décision le temps que le dossier soit revu.

Un dernier élément circule dans la presse belge : Philippe Close, qui présidait le collège du 17 juillet, siège comme administrateur indépendant au Sporting d'Anderlecht, dont Napoleon Games est un sponsor important. Le Conseil d'État n'a pas examiné cette question dans une procédure d'urgence, elle ne figure pas parmi les motifs de suspension.

Pourquoi le 31 décembre est un vrai mur

En Belgique, un casino ne s'ouvre pas là où l'envie prend. L'article 29 de la loi du 7 mai 1999 limite le nombre d'établissements de classe I à neuf pour tout le pays et il liste les communes autorisées : Blankenberge, Chaudfontaine, Dinant, Knokke-Heist, Middelkerke, Namur, Ostende, Spa, « et dans une des 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale », à raison d'un seul établissement par commune. Vous pouvez retrouver les casinos agréés en Belgique dans notre liste.

Autrement dit, la Région bruxelloise dispose d'une licence et d'une seule pour ses dix-neuf communes. Cette licence de classe A vaut quinze ans renouvelables, mais elle ne se délivre pas dans le vide : pour l'obtenir, un exploitant doit présenter « une convention de concession conclue avec les autorités communales de la commune où l'établissement serait situé ». La convention commande la licence, donc une concession qui expire sans successeur laisse l'établissement sans base légale au 1er janvier.

L'établissement en question n'a rien d'un petit casino de province. Le Viage exploite 339 machines à sous, 39 tables de jeu et une salle de poker WPT qui peut accueillir cent joueurs, sous la licence A/20000. Il rapporte environ 10 millions d'euros par an à la Ville de Bruxelles.

La Ville propose six mois, le Viage dit non

Le 15 septembre, environ 80 travailleurs ont manifesté devant Brucity avec des pancartes « l'emploi n'est pas un jeu de hasard ». Une délégation syndicale a été reçue par le bourgmestre Philippe Close et par l'échevine du Tourisme Nawal Ben Hamou.

La Ville a mis sur la table une prolongation de six mois de la concession actuelle. Les syndicats la jugent insuffisante puisque six mois ne couvrent pas une procédure qu'il faudrait reprendre depuis le début. Le Viage refuse pour sa part de poursuivre au-delà du 31 décembre aux conditions actuelles, en invoquant son insécurité juridique et ses investissements gelés.

Xavier Muls, secrétaire chez Synova, résume les deux voies possibles : reprendre la procédure avec une réévaluation des offres, ou tout recommencer, ce qui représente au minimum un an de délais.

Le 6 octobre, pas le 31 décembre

Devant les syndicats, la Ville s'est engagée à annoncer sa décision le 6 octobre au plus tard. Trois issues sont sur la table.

La première consiste à mieux motiver son choix initial en faveur d'ECK, solution rapide qui l'expose à un nouveau recours des perdants. Réévaluer les offres déjà déposées est la voie intermédiaire, celle que poussent les syndicats. La dernière option consiste à reprendre toute la procédure à zéro, avec un an minimum devant elle, donc largement au-delà du 31 décembre.

Les candidats restent en lice dans les deux premières hypothèses. Outre ECK et Casinos Austria International, Star Casino avait également déposé une offre, aux côtés d'autres opérateurs belges.

Si vous jouez au Viage, rien ne change d'ici la fin de l'année, l'établissement tourne normalement jusqu'au 31 décembre. Pour la suite, personne n'a encore dit ce que deviennent les comptes joueurs ni les cartes de fidélité en cas de changement d'exploitant. La réponse viendra sans doute avec l'annonce du 6 octobre.

Dernière édition: 21/09/2026

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